In Her Words / Georgia Graham
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Garance Doré

In Her Words / Georgia Graham

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Rencontrer Georgia, c’est un peu comme retrouver une vieille amie… après une accolade chaleureuse, on en vient vite à partager anecdotes et fou-rires. On a fait sa connaissance lors d’une séance de dédicaces de Garance à Londres, et elle est rapidement devenue une bonne amie de l’équipe du Studio. On vous laisse la découvrir par vous-mêmes, avec un « In…

Rencontrer Georgia, c’est un peu comme retrouver une vieille amie… après une accolade chaleureuse, on en vient vite à partager anecdotes et fou-rires. On a fait sa connaissance lors d’une séance de dédicaces de Garance à Londres, et elle est rapidement devenue une bonne amie de l’équipe du Studio. On vous laisse la découvrir par vous-mêmes, avec un « In Her Words ». Imaginez le texte lu avec son délicieux accent british.

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Georgia Graham, Model & Writer

Quand Garance m’a proposé d’écrire un petit texte pour le site, je me suis dit que je choisirais un thème qui me trotte pas mal dans la tête en ce moment, surtout en vivant à NY. Je crois que je pourrais intituler ces quelques lignes « Rester humain dans la folie de la ville ».

L’idée m’est venue d’une conversation assez ordinaire que j’ai eue il y a quelque temps. J’étais en mode 100 % bitch : je me plaignais à un copain de deux grands problèmes dans ma vie : ma mère et une paire de lunettes Miu Miu que je venais de perdre. J’avais eu ma mère au téléphone pour lui parler de mes lunettes perdues. Elle s’était mise en mode maman-empathique, et j’en avais stratégiquement profité pour lui demander si elle m’aiderait à les remplacer en guise de cadeau de Noël. Son empathie avait alors complètement disparu, ce qui expliquait pourquoi j’étais en train de bassiner mon pauvre ami avec ma tentative de manipulation maternelle ratée (oui, un vrai problème de riche, je sais). Sa réponse, au lieu de prendre mon parti, m’a cueillie à froid : « Dis donc, c’est vraiment hyper manipulateur de ta part. »

Et il avait raison. Si j’avais fait appel à ma mère, c’est parce que je savais que son empathie maternelle la convaincrait peut-être de dépenser un peu plus pour mon cadeau de Noël. Et là, je me suis sentie affreusement coupable, manipulatrice… pourrie gâtée et superficielle.

Cet incident m’a fait penser à un sujet plus vaste. La vie à NY, c’est un peu le stress permanent : il faut réussir à tout prix. Il faut savoir identifier les opportunités, se creuser la tête pour trouver le meilleur moyen de parvenir à ses fins, pour réussir. Il faut être futé, savoir réseauter, se vendre… c’est un tout. Pas seulement dans la mode, mais un peu dans tous les aspects de cette vie citadine.

Pour que les non-New-Yorkais puissent avoir une idée plus précise, je vois souvent NY comme un immense tas de gens qui s’escaladent les uns les autres, pour pouvoir atteindre le sommet du tas. Tout le monde connaît la règle : il faut être prêt à écraser les autres, c’est le principe à NY. Même si tout le monde veut arriver en haut, qu’est-ce qui se passe si on piétine les doigts, ou le visage de quelqu’un ? Quand la fin cesse-t-elle de justifier les moyens, à partir de quel moment l’ambition devient-elle manipulation ?

Il y a des années, j’ai lu un formidable essai de Joan Didion sur l’estime de soi. Pour ceux qui ne connaissent d’elles que les images de vieille dame en lunettes de soleil des campagnes Céline, c’est une femme tout à fait remarquable. Sa plume est sans concession, acerbe, et elle ne tourne jamais autour du pot. Joan dit les choses comme elles sont, en toute sincérité, (ce qui rend la pilule parfois un peu amère). Pour elle, rien ne sert d’impressionner à tout prix ou d’avoir du succès, si à la fin de la journée, on ne peut pas se regarder dans le miroir sans rougir.

C’est ce qui m’a inquiétée concernant les lunettes de soleil : cela m’avait montré un aspect de moi-même qui ne me plaisait pas. Oui, j’étais rusée, mais pas aimable. Sans vouloir jouer les donneuses de leçon, l’ambition et l’intelligence sont deux qualités, qui utilisées à bon escient peuvent avoir des résultats positifs. Mais à une époque où on considère l’argent, l’apparence et le succès commercial comme les clés du bonheur, comment ne pas renoncer à la gentillesse et à l’intégrité ? Etre quelqu’un de bien, est-ce que c’est encore important ? Dans une ville comme New York, c’est tellement facile de se perdre dans le tumulte de la ville pour arriver à ses fins, qu’on finit par se perdre de vue, et oublier toute notion d’estime de soi.

Je vis dans la crainte permanente d’être complètement noyée dans tout ça : si toute cette agitation, Instagram, cette quête du rêve me transformaient en Narcisse égoïste, une New-Yorkaise mécanique réglée sur le mode « S’enrichir et arriver à ses fins » incapable de se remettre en mode « humain » ? Avoir les pieds sur terre et être authentique sont pour moi deux éléments vitaux, deux qualités que je recherche chez les autres : après tout, c’est pour ça qu’on aime tant le travail de Garance, non ? Ce qui me fait peur, je crois, c’est le syndrome Dorian Gray. Et si une fois qu’on avait atteint son objectif et qu’on s’était offert cette immense maison à Brooklyn, on se découvrait hideux dans le miroir ?

Trouver le juste équilibre : jouer le jeu sans vendre son âme au diable, ce n’est pas toujours évident. Et c’est là que les vrais amis sont essentiels. Ceux qui savent que sous le papier glacé se cache un véritable être humain. La fille qui a passé le nouvel an à Berlin avec un kebab, celle qui rentre ses t-shirts dans sa culotte pour ne pas avoir froid. Ces amis, c’est comme la famille : parfois, on ne se supporte pas (mon rôle : celle qui stresse, qui se prend la tête, qui est tout le temps en retard, qui se trompe de destinataire quand elle envoie des sms, et qui veut toujours goûter le plat des autres) mais on s’adore.

Ce sont ces amis-là qui me donnent envie de poursuivre mes ambitions, mais ceux-là aussi qui n’hésitent pas à me rappeler la modestie de Didion ou à me dire quand je dépasse les bornes. Ils me montrent aussi le genre d’amour et de compassion que j’ai envie de transmettre à ceux qui m’entourent. Et si les événements de 2016 nous ont bien montré une chose, c’est que notre monde pourrait s’accommoder d’un peu plus d’humanité.

Si j’écris tout ça, ce n’est pas parce que je suis un ange puritain qui fait la morale aux masses pour racheter son égoïsme. Ce que Joan Didion nous dit dans cet essai, c’est que peu importe comment les autres vous perçoivent, le plus important c’est comment VOUS vous percevez. Le plus important pour moi, c’est de prendre une décision et de m’en tenir à mon instinct, sans avoir de sentiment de fausseté et de malaise. Il faut que je m’en remette aux gens qui sont sincères et authentiques, et que j’évite ceux qui paraissent faux, fourbes et mielleux. Je dois donner la priorité à l’humain, au sentiment de communauté, plutôt qu’à l’argent et au succès, ça m’apportera des résultats bien plus gratifiants.

C’est là que réside l’authenticité la plus pure, celle qu’on a tendance à perdre de vue dans un bastion du consumérisme et de la réussite comme NY. Les personnes vraiment intègres sont celles qui arrivent à conserver leur part d’humanité en dépit de la nature éminemment codifiée de notre société et de ses interactions sociales. Ils tendent de réussir en restant eux-mêmes, sans rentrer dans les moules que la société nous imposent. Ils ne sont pas parfaits, mais restent humains, gardent le contact avec les autres êtres humains plutôt qu’avec leur compte en banque ou leur ego. Ce sont ces gens auxquels je veux ressembler, dont je veux partager l’amitié.

Bon, voilà, c’est tout. C’était ma déclaration d’amour à mes amis, ma relation compliquée avec NY, mes jérémiades superficielles. Mes tentatives pour paraître mûre et sage alors que je n’ai que 24 ans et que je ne connais encore pas grand-chose à la vie. Maintenant, vous savez tous que je rentre mes t-shirts dans mes culottes, et que j’ai partagé mon nouvel an avec un kebab.

(Ah, au fait, pour Noël, j’ai eu un guide de voyage Eyewitness.)

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